Dominique Le Goux, d’Eau et Rivières de Bretagne : « Nous sommes des sentinelles de la nature »

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Eau et Rivières de Bretagne veut séduire les plus jeunes, notamment à travers des propositions de service civique. « Ainsi les petites graines germeront... », espère Dominique Le Goux.

Depuis près de 52 ans maintenant, l’association Eau et Rivières de Bretagne se bat avec opiniâtreté pour la protection des cours d’eau et des milieux aquatiques souvent malmenés de notre région. Elle est en quelque sorte l’utile empêcheuse de polluer en rond, le « petit caillou dans la chaussure » qui en irrite plus d’un.

Basée à Belle-Isle-en-Terre, Dominique Le Goux est animatrice de la vie associative et chargée de mission « Santé et Pesticides » au sein d’Eau et Rivières de Bretagne. C’est dire si elle a à faire.
« En effet, notre registre est vaste, indique-t-elle. Nous nous saisissons d’une multitude de sujets. Et il n’y a pas une journée où nous ne sommes pas alertés sur une atteinte à l’environnement. Dans ce cas, nous accompagnons et conseillons les plaignants. Et, s’il le faut, nous engageons des recours. Mais attention, nous ne sommes pas des chasseurs de prime. »
Dans un souci d’efficacité, l’association s’est donnée une ligne de conduite qui s’articule autour de quatre grands axes.
« Tout d’abord, informer afin de développer l’écocitoyenneté, ensuite sensibiliser, notamment les scolaires et les familles. Puis participer aux enquêtes publiques, aux commissions, etc… pour faire entendre notre voix et celle de la nature et, enfin, agir pour tout simplement changer la société. »
Bien que se considérant volontiers comme une militante, Dominique précise que « l’association est apolitique mais a des positionnements qui peuvent déranger. Mais qui sont les nôtres. Et ce n’est pas toujours facile au quotidien vis-à-vis des élus et de certains professionnels car bien souvent l’environnement passe après tout le reste. Alors que nous, nous considérons qu’il est au contraire le premier facteur limitant. »
Difficile de ne pas penser au phénomène des algues vertes (voir ci-contre). Autre préoccupation majeure de l’association : le sort réservé aux zones humides et, plus largement, au bocage.
« En ce qui concerne le bocage, il y a beaucoup de destruction et le bilan peine à être à l’équilibre malgré les programmes de reconstitution. Pourtant, ceux-ci rendent de grands services en matière de stockage et d’épuration de l’eau. Nous devons vraiment redonner sa place à la nature. »
Et il faut se rendre à l’évidence : « Aujourd’hui, dans l’Ouest, le niveau de l’eau est bas malgré les fortes pluies de cet hiver et nous avons des craintes pour le milieu aquatique. Le risque est que les rejets soient moins dilués et que la température de l’eau augmente. C’est sûr, l’aménagement de notre territoire doit être remis en question. »
Malgré une certaine « impatience », Dominique Le Goux croit malgré tout en une prise de conscience des citoyens.
« Il y a un changement de regard, une évolution des mentalités, dit-elle. De toute façon, nous n’avons pas le choix car nous sommes tous dans le même bateau et il n’y en a pas d’autres. » Et, optimiste, elle pense fortement que « les choses évolueront et se feront collectivement. Les gens vont prendre les choses en main, notamment dans leurs habitudes de consommation. Et, avec la Covid, beaucoup se sont rendu compte que la proximité de la nature leur était indispensable. Pour leur santé physique et… mentale.  »
Eau et Rivières qui s’appuie sur un important réseau de bénévoles (1 200 adhérents et une centaine d’associations) et sur sa vingtaine de salariés entend relancer ses opérations de nettoyage des rivières qui sont en quelque sorte l’ADN de l’association.
« Nous avons un peu perdu de vue ces chantiers bien que des travaux aient tout de même été réalisés ces dernière années sur le Théoulas et le Jaudy. On souhaite y revenir car il s’agit d’actions concrètes.  »

La pétition lancée par Eau et Rivières de Bretagne au mois de mai dernier afin d’alerter les pouvoirs publics et mobiliser les Bretons sur ce « cancer qui ronge les plages bretonnes » a remporté un beau succès. (Photo d’archives Eau et Rivère de Bretagne/DR)

Les algues vertes, le sujet qui fâche
Il s’agit du grand combat de l’association. « Les résultats ne sont pas au rendez-vous, commente Dominique Le Goux. On ne dit pas que rien n’a été fait et on entend bien que ce n’est pas facile. » Mais il y a urgence car été après été, les algues vertes n’en finissent pas de revenir souiller notre littoral. On connaît bien les causes et les responsables de ce drame breton (« véritable fléau pour la région » selon Eau et Rivières de Bretagne) et, pourtant, ça continue encore et encore.

Eau et Rivières de Bretagne
2, rue Crec’h Ugen
Belle-Isle-en-Terre
02 96 43 08 39
www.eau-et-rivieres.org
Et aussi à Belle-Isle-en-Terre : le Centre régional d’Initiation à la rivière, l’aquarium et la fête du jardinage et de l’agriculture (qui se déroule chaque printemps autour du château de Lady Mond).
Le Conseil d’administration d’Eau et Rivières de Bretagne est aujourd’hui présidé par Alain Bonnec.

L’association a choisi le bocage comme thématique pour l’année 2021.

Eau et Rivières de Bretagne : 52 ans déjà !
Eau et Rivières de Bretagne, qui a fêté ses 50 ans en 2019, était à l’origine une association de pêcheurs désireux de protéger le saumon breton alors dans une mauvaise passe. Créée à Carhaix, elle se nommait alors Association pour la Production et la Protection des Salmonidés en Bretagne (l’APPSB) et s’attelait surtout au nettoyage des rivières et des zones humides avec, très vite, l’aide de centaines de bénévoles.
Elle était aussi partie prenante avec l’INRA et le CNEXO (futur IFREMER) des premières études scientifiques menées sur les saumons bretons afin d’en connaître l’exacte biologie.
Force de proposition pour une meilleure gestion de l’eau, de la source à la mer, elle se mobilise et mène encore et toujours d’innombrables combats. Avec de très belles réussites (victoire en justice contre Monsanto, l’élevage industriel porcin, l’État…).