Le peintre Henri Rivière et Loguivy-de-la-Mer : La force tranquille des éléments

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Fasciné par le peintre et dessinateur japonais Hokusai (vous savez, celui de La Grande Vague de Kanagawa, 1831), « qu’il vénère », Henri Rivière devient un grand érudit de l’Art japonais. Par ailleurs, sa rencontre avec l’imprimeur Eugène Verneau, qui lui fait découvrir la lithographie, sera un moment important, voire déterminant, dans sa carrière. « Une passion pour cette technique et une forte amitié vont naître. Et Eugène Verneau va l’accompagner dans l’aboutissement de son travail sur la couleur. » Si son œuvre connaît une période d’oubli après 1914, elle est aujourd’hui reconnue. Et on dit d’Henri Rivière « qu’il est un précurseur de la ligne claire en BD et les plus jeunes y voient une filiation avec le manga. » (©dr)

« On ne sait pas trop qui lui a fait découvrir Loguivy-de-la-Mer. Peut-être son ami d’alors, Paul Signac, peintre lui aussi, avec qui il passait régulièrement ses vacances d’été du côté de Saint-Briac, Saint-Cast, Perros-Guirec et Ploumanac’h ? Ou alors Marcel Cachin ? », s’interroge Yann Le Bohec, spécialiste de l’art et des artistes en Bretagne des XIXe et XXe siècles. La force tranquille des éléments, la plénitude des paysages de Loguivy ont, en tout cas, conquis par leur beauté sauvage le peintre, graveur et illustrateur Henri Rivière. Ce maître du japonisme à la notoriété déjà bien établie décide très vite de se faire construire une maison (inaugurée en 1896) à deux pas de la Roche aux Oiseaux. Là où, précisément, le Trieux termine sa longue course.
« Henri Rivière séjournait à Landriris, qu’il a appelé ainsi en référence à sa fleur fétiche l’Iris, pendant les mois de juin, juillet, août et septembre et il y travaillait beaucoup. Sur sa peinture bien sûr, mais aussi sur la programmation du cabaret du Chat Noir, alors fréquenté par le tout-Paris, et pour lequel il a notamment créé le théâtre d’ombres qui connut un succès considérable », poursuit Yann Le Bohec.
Loguivy-de-la-Mer est une terre d’inspiration fertile pour l’artiste de Montmartre, puisqu’il y réalise de très nombreuses vues. Des eaux-fortes, des bois gravés, des aquarelles et, surtout, des lithographies. « C’était un observateur de la vie quotidienne qui aimait saisir le mouvement, le geste précis, le changement de lumière et la féerie des heures. La nature était tout pour lui et il avait de l’empathie pour les marins et les paysans. » Mais, il restait étonnamment près de chez lui et ne se risquait guère à aller plus loin. Il n’y a par exemple rien sur Paimpol et peu, une unique œuvre, sur Bréhat, pourtant si proches. « Ce n’était visiblement pas un aventurier. »
Henri Rivière quitte Loguivy en 1913, fréquente un peu Camaret, Tréboul et Morgat avant de cesser de séjouner en Bretagne . On le verra alors en Provence, sur la Côte d’Azur et à Sucy-en-Brie où il décèdera en 1951.