
« Mobiliser l’épargne citoyenne pour veiller à la préservation du foncier agricole et, ainsi, faciliter l’installation en agriculture paysanne et bio » : telle est la mission à laquelle s’attelle l’association Terre de liens depuis 2003, date de sa création par une poignée de bénévoles hyper-motivés. Car, pour eux, c’est une évidence, « l’avenir des terres agricoles est l’affaire de toutes et de tous. » Explications.
Les chiffres sont têtus (voir aussi page 21) : Chaque semaine, la France perd 200 fermes et, tous les deux mois, une surface équivalente à celle de Paris se voit recouverte de béton ou de bitume. « La terre est un bien commun en voie de disparition », constate Anna Haddane, animatrice et co-coordinatrice à Terre de liens Bretagne.
Lorsque l’on a dit cela, que peut-on faire concrètement, à son humble niveau, lorsque l’on souhaite que perdure dans notre pays une agriculture locale, saine et de qualité ? Face aux complexités d’accession au foncier, des femmes et des hommes de bonne volonté (essentiellement venus du développement rural, de la finance éthique, de l’éducation populaire et d’Agriculture biologique) décident d’agir. Une dynamique se crée et un mouvement citoyen, Terre de liens, association loi 1901, voit le jour, un peu à la manière d’Habitat et Humanisme.
Et la machine se met rapidement en route avec pour ambition d’accompagner les candidats à l’installation en agriculture paysanne. L’idée de mobiliser une épargne citoyenne* s’impose car il faut savoir que l’accès à la terre est à ce jour d’une grande difficulté au regard des disponibilités et des prix pratiqués : de 4000 ¤ à plus de 5800 ¤ l’hectare sur notre territoire (source Safer Bretagne, réf 2023).
« Nous avons deux types de dispositifs, explique Jean Lou Lintanf, bénévole sur le secteur du Trégor. Soit les gens se réunissent dans un Groupement Foncier Agricole ou dans une Société Civile Immobilière afin d’acheter collectivement des terres pour, ensuite, les louer aux paysans avec un bail rural environnemental d’un minimum de neuf ans. Soit c’est la foncière ou la fondation** de Terre de liens qui s’en occupe directement. Il n’y a pas de ticket d’entrée chez nous pour les créations ou les transmissions de fermes. Mais nous avons quelques critères : il faut notamment prendre l’engagement moral de promouvoir des modes de cultures à taille humaine qui favorisent la biodiversité. »
Ces investissements solidaires permettent de supprimer le poids de l’acquisition foncière pour les agriculteurs et, de fait, de limiter leur endettement.
« Notre rôle est également de mettre en relation les cédants et les porteurs de projets », souligne, quant à elle, Anna.
En plus de sensibiliser le grand public, avec une forte implication de ses bénévoles, Terre de liens agit aussi auprès des élus et des chargés de mission des collectivités.
« Nous les accompagnons dans leurs réflexions sur le foncier agricole, la mise en place de stratégies de reconquête de friches littorales ou l’élaboration de Plans Alimentaires lors de formations que nous organisons régulièrement », ajoute la jeune femme.
Car l’avenir de nos terres agricoles est bel et bien l’affaire de toutes et de tous.

**Les structures :
La Fédération, association loi 1901 créé en 2003, fédère aujourd’hui 19 associations régionales. Elle siège au sein des commissions départementales de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers.
La Foncière, société de commandite par actions, acquiert des fermes grâce à l’épargne des citoyennes et des citoyens. Il s’agit d’une entreprise solidaire d’utilité publique.
La Fondation, également reconnue d’utilité publique par le Conseil d’État, est habilitée à recevoir des legs et des donations d’argent et de fermes. De plus, elle peut acheter des terres susceptibles de perdre leur usage agricole.
- Dans les faits, le citoyen, appelons-le ainsi, peut prendre le nombre de parts (105 euros) qu’il désire, les mettre au « pot » et récupérer son argent lorsqu’il le souhaite, selon quelques règles pré-établies. Une défiscalisation est possible si vous maintenez votre apport pendant sept ans minimum.
Des chiffres qui inquiètent :
. En France, 200 fermes disparaissent chaque semaine.
. 50% des agriculteurs français vont partir à la retraite dans les 8 ans à venir.
. 50% des fermes bretonnes ont disparu depuis l’année 2000.
. Le prix moyen des terres a augmenté de 50%.
. 23% des exploitations font plus de 100 hectares en France (1% en 1955).
. 20% des fermes exploitent 50% des terres en Bretagne.
. 3800 hectares de terres agricoles sont remplacées par des logements, de l’industrie ou des équipements touristiques (et aussi de la déprise) en Bretagne chaque année.
Et d’autres qui donnent espoir :
. 50 fermes citoyennes ont été accompagnées par Terre de liens en Bretagne, plus de 300 en France.
. 3950 hectares (en France) sont devenus bio grâce à l’achat par Terre de liens, pour plus de 9000 ha de terres préservées.
. Près de 800 fermières et fermiers installés sur le territoire national.
. 2000 porteurs de projets sont recensés chaque année en Bretagne. Il n’y a donc pas de crise de vocation en agriculture.
. La surface moyenne d’une ferme Terre de liens est de 29,7 hectares, 69 ha pour une ferme conventionnelle au niveau national.
Terre de liens – Liamm an douar
17 rue du bas Village à Cesson-Sévigné
07 54 39 77 35
https://terredeliens.bzh
Jean Lou Lintanf de Pédernec
02 96 45 17 79
jloulintanf@wanadoo.fr



