Louis Chelin, artisan coutelier à Cavan : Forger l’acier rouge avec des mains d’or

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À l'atelier, tout débute par un dessin. Ensuite l'artisan-coutelier choisit son acier, le forge (l'acier est chauffé et martelé) afin de donner la forme générale. Puis la lame est découpée et façonnée. Viennent ensuite la normalisation (pour détendre l'acier), la trempe (pour durcir la lame) et le revenu (pour redonner de la souplesse et éviter la casse). Le fil de la lame est affiné pour préparer l'émouture et le tranchant. Suivent le lissage, le satinage ou la gravure. Une fois le manche fabriqué (en bois, corne ou os...) et ajusté, collé ou riveté, on passe à l'ajustage et à l'ergonomie pour une prise en main confortable. Enfin, un affûtage précis est effectué pour un tranchant net et durable.

Par ce petit matin frisquet, l’atelier de Louis Chelin vibre sous les coups secs et cadencés du marteau. Non loin, la forge offre une chaleur bienvenue. À 75 ans, l’artisan coutelier répète, sans jamais s’en lasser, les gestes hérités de siècles de savoir-faire. Rencontre.

Après une vie professionnelle bien remplie, Louis s’est pris de passion pour la coutellerie. Il y a maintenant douze ans.
« Tout d’abord, j’aime les couteaux depuis longtemps. Mon premier achat remonte à 1973, c’est dire. Et, comme je suis un hyperactif, je ne me voyais pas, une fois à la retraite, rester à ne rien faire. Alors… »
Alors, il s’est mis à travailler l’acier, les bois locaux et toutes sortes de « matériaux » exotiques et éthiques (corne de zébu ou de buffle, os de phacochère et de girafe, ivoire de mammouth…). Avec patience et persévérance. « Ce sont des qualités indispensables pour faire ce métier. »
Très vite, l’autodidacte a trouvé son style et créé ses propres modèles. « Chaque coutelier a les siens », indique-t-il.
Ses créations se caractérisent par une finition soignée, des lignes sobres et une ergonomie singulière. De plus, l’acier de Damas (fabriqué par ses soins, ndlr), qu’il utilise fréquemment, confère à ses pièces de subtils motifs moirés du plus bel effet.
« La réalisation d’un modèle peut me prendre d’une journée et demie à quatre ou cinq jours, explique-t-il. C’est tout à fait variable. »
Les prix sont en conséquence : de 100 à 700 euros. Il est tout de même bon de préciser que chaque objet est unique. « Je ne fais pas de série, il n’y en a pas deux pareils. » D’une grande qualité, ces couteaux sont conçus pour durer toute une vie, « à condition toutefois d’être bien entretenus. » S’il dispose d’un site internet marchand et participe régulièrement à des salons (ses couteaux étant également proposés à la quincaillerie Jézéquel, à Paimpol), Louis Chelin apprécie d’accueillir des visiteurs dans son atelier-boutique de Cavan.
« J’ai beaucoup de passage, se réjouit-il. Le gros de mes ventes s’effectue d’ailleurs ici. »

Soucieux de partager son expérience, Louis Chelin ouvre régulièrement sa forge et y organise des stages. « Les gens fabriquent leurs couteaux en deux jours avec, notamment, des ressorts de camion. » Photos Plc et DR.

Forge de la Chouette
Louis Chelin – Forgeron coutelier
36 ZA Kerbiquet à Cavan
06 61 16 29 04
chelin.louis22140@gmail.com
www.laforgedelachouette.com