La vie « parrossienne » ou comment un petit bourg devint une station huppée

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Trestatou Année 20 : la tenue de plage est "très couvrante" : robes longues, chapeaux, voilettes. Si l'eau de mer est très bénéfique, le soleil ne l'est pas encore. Et ne parlons pas du regard des hommes !

Avant 1881, Perros n’était qu’un bourg prolongé d’un port vaseux. Avec le raccordement à la ligne Paris-Brest, la cité des hortensias entre soudain dans le milieu alors restreint des stations balnéaires. Et pas par la porte de service.

A part ses coins à homards et une rade où venait parfois s’échouer un navire de commerce, l’endroit n’était pas très prisé. Le bourg ? Pas mieux. Quelques fermes entourant des maisons pauvres. Mais aussi une côte vierge que quelques natifs revenant de Paris regardèrent un jour d’un œil neuf. Parmi eux, Ernest Renan vanta à Joseph Le Bihan, maître d’hôtel breton à Paris, une plage vierge portant le nom barbare de Trestraou. Celui-ci s’éprit du lieu et y bâtit un hôtel 20 chambres au milieu de nulle part. Une révolution, car alors les rares « touristes » étaient logés chez les religieuses. L’intelligentsia artistique eut vent de l’audace et afflua en nombre, attirée par Charles Le Goffic et la beauté des lieux : Maurice Denis, Gabriel Vicaire, Paul Valéry, André Gide… Ainsi que Marcelle Josset, l’actrice qui fit construire la Villa Silencio puis le casino. La bourgeoisie parisienne imita bientôt les artistes et vint y acheter de superbes parcelles pour une bouchée de pain. On venait avec famille et domestiques y passer l’été, y donner des fêtes… Ces « Parrosiens » y dépensaient un argent qui modifia en profondeur le visage de la côte. Pour répondre à la demande, des services et commerces inédits ouvrirent. En 10 ans, plus de 200 villas cossues sortirent de terre. Un tourisme d’élite était né. Les congés payés ont démocratisé la station, multiplié les pensions de famille, locations chez l’habitant, et fait de Perros ce qu’elle est peu à peu devenue :  une station pour tous, avec quand même un petit fond bourgeois. Le bon côté, c’est que cela l’a préservée d’une urbanisation sauvage.

La vie « Parrosienne » est un néologisme avec « Parisien » et « Perrosien » par Eric Chevalier, grand collectionneur de cartes postales anciennes et passioné par la Côte de Granit rose.