Séparation linguistique entre Haute et Basse-Bretagne : La frontière gallo-bretonne

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Il existe, ici, chez nous en Bretagne, une frontière historique, mouvante et quelque peu évanescente qui n’a, et c’est heureux, jamais donné lieu à des discordes majeures. Elle va de Plouha à la presqu’île de Rhuys et sépare dans un S étiré Haute et Basse-Bretagne, « Bretons » et « Gallos ».

D’un côté, à l’ouest de la péninsule, les bretonnants, de l’autre, à l’est, les gallésants. Deux langues, deux cultures pour un seul et même pays. Une frontière bien réelle même si elle perd de sa pertinence depuis la fin de la seconde guerre mondiale qui a vu le tiomphe éclatant du français sur l’ensemble du territoire national.
Cette frontière linguistique a longtemps été prétexte à des rivalités culturelles, politiques, sportives et même culinaires. La galette-saucisse appartient bel et bien au patrimoine gallo alors que le Far serait, nous dit-on, bien meilleur en Basse-Bretagne…
Dans le comportement quotidien, on remarque également des différences notables : les Haut-Bretons seraient plus « gaulois » dans leurs attitudes, leur manière de plaisanter et de se conduire. Alors que les Bas-Bretons sont plus réservés mais aussi plus enclins aux excès lors des fêtes (réf : Jean Le Dû, dialectologue et sociolinguiste). Ces derniers voteraient également plus à gauche et obtiendraient globalement de meilleurs résultats scolaires.
Et, bien que les bretonnants aient eu pendant plus d’un siècle quelque peu honte de leur parler (en gros de la Troisième République aux années 1970), ils cultivaient tout de même un sentiment de supériorité linguistique. Ne disaient-ils pas : « Nous on parle français et breton, eux ne parlent ni l’un ni l’autre, que le patois. »
Ce à quoi leur répondaient, avec malice, les Haut-Bretons : « Les Bas-Bretons ont un ego surdimensionné » (réf : Le Plélotain Isidore Corbel dans le Libération du 6 août 2006). Mais, selon Anne Diaz (ethnologue), « cette frontière linguistique sert surtout de support à des représentations stéréotypées de l’Autre et de sa langue et permet en créant une altérité en apparence évidente aux uns et aux autres de se différencier de ses voisins et de s’identifier à son groupe. »
On le voit, des rivalités, parfois surjouées, existaient bien de part et d’autre du Leff et de l’Oust, rivières considérées comme frontières naturelles. Mais ainsi que le remarquait à juste titre l’écrivain Paul Féval au XIXe siècle : « Les deux langues de ce pays-ci, le breton et le gallo, sont deux bijoux sans prix. »