
Du haut de son promontoire, la Tour de Cesson veille depuis plus de sept cents ans sur la baie de Saint-Brieuc. Monument emblématique du patrimoine briochin, elle s’inscrit pleinement dans la grande histoire bretonne.

L’endroit est stratégique. Cette pointe, à plus de soixante-dix mètres au-dessus des flots, est idéalement placée pour surveiller l’embouchure du Gouët et les routes côtières alentour. Le duc de Bretagne, Jean IV, ne s’y est pas trompé et a fait édifier sur cet éperon rocheux une imposante tour qui devient de fait la pièce maîtresse d’un château fort datant selon toute vraisemblance du XIIe. « La tour a été construite à la fin du XIVe siècle, souligne Sophie Ehouarne, médiatrice culturelle patrimoine et gestion des archives contemporaines à la Ville de Saint-Brieuc. Cette construction permettait au duc d’asseoir son pouvoir face aux Anglais mais aussi au seigneur-évêque de la ville. » Le château existe encore lorsque survient la guerre de la Ligue (1589-1598), épisode agité de l’histoire bretonne et française, qui oppose les ligueurs catholiques aux royalistes, alors protestants et fidèles à Henri IV. Il est même une forteresse côtière puissante. En Bretagne, plusieurs seigneurs, soutenus par l’Espagne, s’opposent aux garnisons royales et le château de Cesson devient un bastion des Ligueurs dès 1590. Les royalistes tentent à plusieurs reprises de s’en emparer, sans succès. Mais, en 1598, la Bretagne se soumet à Henri IV qui ordonne la démolition des places fortes aux mains des Ligueurs. « Le château est alors démantelé. La tour, bien que minée, reste partiellement debout. Elle sert alors de point de repère aux navigateurs. Ce qui est toujours le cas aujourd’hui. » Le site tombe en ruine et perd toute fonction militaire. Mal renseignée, la période de la Révolution ne nous apprend pas grand-chose, sinon qu’il devient carrière. Et c’est au XIXe siècle que nous retrouvons le domaine, propriété d’Alexandre Glais de Bizien* qui en fait une résidence. Au fil du temps, Cesson devient successivement prison, exploitation agricole et élément défensif du mur de l’Atlantique, doté d’une dizaine de bunkers. Aujourd’hui, cette « vieille dame fragile » est la propriété de la ville de Saint-Brieuc qui en prend grand soin.
. Renseignements aux archives municipales de Saint-Brieuc et auprès de l’association des Amis du domaine de la Tour de Cesson et de son président Alain Lamour.
. Voir aussi les importants travaux de Guillaume Lécuillier, chargé d’études d’inventaire du patrimoine (région Bretagne) sur www.patrimoine.bzh (domaine de Cesson).
- Ce lieu a très certainement été occupé et fortifié à l’âge de bronze et à l’âge de fer et il est plus que probable que les Romains y aient également séjourné.
**Alexandre Glais de Bizien était avocat, conseiller général et député des Côtes-du-Nord très influent à qui l’on doit, notamment, l’arrivée du train à Saint-Brieuc et le prix unique du timbre en France.



