A Saint-Brieuc et Plérin : Le Légué dévoile ses nouvelles couleurs

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Le port du Légué est aujourd'hui une petite riviera aux façades colorées où se côtoient vieux gréements et bateaux plus récents. Il est aussi un lieu de balade très prisé par les Briochins.

Longtemps Saint-Brieuc a pris de haut son bas-quartier. Longtemps Saint Brieuc a renié ses origines maritimes. Tout comme Brest ou Lorient qui s’étaient un temps détournées de leurs mers, la ville reprend goût à son port. Le port retrouve couleurs et activités. Même si celles-ci ont évolué.

Trente ans. Trente ans qu’on n’était pas revenu ici. A peine en passant sur le viaduc, jetait-on un rapide coup d’œil à la rivière serpentant vers la mer. Vus de loin, au pied de la vieille tour cernée de bois, les hangars faisaient encore bonne figure. Mais la distance, pensait-on, enjolive les choses. Car dans notre souvenir, le port du Légué rimait avec industrie vieillissante, rouille, paupérisation… Un quartier où s’aventurer le soir relevait parfois du défi. On avait beau nous dire que ça avait changé, les a priori, comme la rouille, ont la vie dure.
Enfin, un matin de mai, au hasard d’un rendez-vous chez le dessinateur Gildas Chassebœuf, on se retrouve à devoir descendre au Légué, rive gauche, côté Plérin.
Au lieu des docks escomptés, on trouve une petite riviera: soleil pleine face, façades colorées, port verdoyant tout hérissé de mâts, ketches luxueux ou vieux gréements rénovés nous en mettent plein la vue. Calme, luxe et café-crème… Les yeux pétillent et les a priori font la gueule.
Au bar des Mouettes, la déco, les photos aux murs, les bouilles et le franc-parler des clients rappellent tout de même le passé pêcheur et hauturier du port.
D’ici, jadis, on partait des mois pour Terre-Neuve pêcher la morue. Les chalutiers d’aujourd’hui n’y entrent plus que pour se faire lifter. Si l’avant-port est voué au fret, dans le port, même la plaisance a pris toutes ses aises. Plus une place libre alors qu’il y a trente ans les quais sonnaient creux.
Une renaissance qui rappelle que le Légué est l’embryon initial de Saint-Brieuc. C’est ici que le saint éponyme est entré en 482 dans « ce qui n’était que bois et roches » pour y fonder son monastère. C’est d’ici qu’au XVIIIe les bateaux chargés de lin et de chanvre ont fait la prospérité de la ville, de même que les morutiers au XIXe. Moines, chanvre, morue et industrie lourde ont tour à tour disparu; commerce, plaisance et plaisir ont pris leur place. Le rendez-vous différé avec Chassebœuf tombe à pic pour en savoir davantage sur cette métamorphose. On se rend chez Etienne Huck, à deux pas. Né dans le quartier, il y tient poterie depuis 25 ans. « Je me souviens des marins quand j’étais petit, des bandes aussi. Les gens fuyaient le quartier, évitaient l’école. » Ça a commencé à changer quand le port de commerce s’est déplacé. Le signe avant-coureur a été l’arrivée de L’Eau Rouge. « Les gens n’y croyaient pas : un salon de thé au Légué !  »
Le succès inattendu du pionnier en a attiré d’autres. La mue a vraiment pris consistance avec l’arrivée de La Vieille Tour, le resto étoilé de Nicolas Adam. Les Briochins ont commencé à descendre plus bas qu’Aux Pesked pour déjeuner ou dîner, et se souvenir de la mer. Le peintre Patrick Queffelec, aux premières loges à L’Ancre Marine (rive droite, côté briochin) les a vus descendre de plus en plus nombreux. « En 2002, à part trois commerces de base, il n’y avait qu’un resto et mon atelier. On venait pour travailler, pas pour les loisirs. » Le Bistrot du Port, celui du Marin, Le Grand Léjon, Chez Olga, au Quai Gourmand… ont singulièrement élargi l’offre gastronomique. D’autant qu’ont suivi d’innovants saisonniers: le bateau-crêperie Juno Bravo et surtout La Cantine Ephémère qui, en terrasse, conjugue nourriture fraîche, locale, bio avec des concerts.
Au temps de Chaffoteaux, c’était pas le même pastis, se souvient Patrick dans l’ancien bar devenu atelier. Un atelier dont il n’a touché ni au comptoir ni à la façade: « Les ouvriers buvaient et mangeaient ici, faisaient leurs courses dans l’épicerie d’à côté. Derrière ce rideau, c’était la cellule CGT…
« Ouvriers et marins ont cédé le pas à une population plutôt bobo qui apporte moins de folklore peut-être, mais davantage de couleurs et de pouvoir d’achat.»
Pour preuve, le Carré Rosengart, transformé dès 2000 sur les vestiges des établissements Sébert, Rosengart et Chaffoteaux : 10.000 m2 de boutiques dédiées à la mer, de bureaux et salles de séminaires. Accastillage et start-up ont remplacé fonderie, moteurs hors-bord et vieux chauffe-eaux.
L’Agglo poursuit cette rénovation de la rive droite. L’ensemble constitué par les ateliers de Bretagne, Gaillard et Cozigou (1,6 ha) seront bientôt transformés pour moitié en bureaux, activités nautiques et habitations, pour l’autre rasés afin de créer une nouvelle voie de circulation. Un quatrième quai sur l’avant-port permettra bientôt de dégager de l’espace pour la plaisance, afin de favoriser les loisirs et l’installation de nouveaux habitants, tout en dopant le trafic maritime.
Bref, un quartier complet qui « réinvente son passé maritime ».
17h00, l’heure du goûter. On emprunte la passerelle pour retourner rive gauche. La boulangerie Turluche, encore excentrée, s’apprête à venir sur le front de port. Plus excentrique, celle du Portland mêle pains, gâteaux, évidemment, mais aussi pâtes fraîches et… bière à la pression. Les familles encore au goûter côtoient les étudiants déjà à l’apéro.
De quoi reprendre des forces pour, enfin, retrouver Gildas Chassebœuf.
C’est en tout bout de piste, près du phare, sous la tour. On longe les maisons d’armateurs du XIXe qui tirent leur beauté de l’exploitation forcenée jusqu’en 1920 des malheureux terre-neuvas, mais aussi de récents ravalements. La maison, plus sobre, du dessinateur, toute en paliers et terrasse, n’en offre pas moins la plus belle vue sur l’avant-port, la crique et, plus loin, sur le grand large.
Les voiliers et cargos qui passent de plus en plus nombreux sous ses fenêtres sont le signe d’un Légué redevenu trait d’union entre Saint-Brieuc, Plérin, la Manche et le reste du monde.

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Portland by Nicolas Adam

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Ici, c’est très simple, c’est ouvert toute la journée. En continu de 7h30 à 20h00 (sauf les lundis) avec un after au son d’un DJ les jeudis d’été jusque 22h00. Sans oublier le brunch musical du dimanche. Solange et Nicolas Adam, le chef étoilé de la Vieille Tour depuis 15 ans, ont imaginé place de la République un convivial salon de thé-boulangerie-patisserie-café (bière à la pression) avec un espace traiteur où les pâtes fraîches sont particulièrement à l’honneur. Tout est bien sûr fait sur place. Sachez que le nom de l’établissement est un clin d’œil à la ville des Etats-Unis où a vécu le couple pendant près de quatre ans.

L’Eau Rouge et Marguerite

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Créer un salon de thé-cave à vin au Légué relevait, il y a 9 ans, de la gageure. Pourtant, François Charroy, longtemps sommelier aux Pesked, a établi, en précurseur, son commerce, L’eau Rouge, dans ce quartier alors en pleine mutation. Depuis, sa façade rose-rouge, reconnaissable entre mille, égaye la place de la Résistance. Le jeune homme, en association avec le chef étoilé du Pesked Mathieu Aumont, diversifie aujourd’hui (c’est un vieux projet) son offre avec la toute nouvelle fromagerie-crémerie-épicerie fine Marguerite, située à un pas de porte de l’eau Rouge. Marine Le Creurer, elle aussi ancienne du Pesked, vous y propose une gamme étoffée de fromages européens d’alpage au lait cru, des crèmes et du lait essentiellement fournis par des producteurs locaux. On y trouve également, côté épicerie, des huiles d’olive, des soupes de légumes bio, des conserves et du chocolat. Avec, bien sûr, de précieux conseils.

Etienne Huck : Potier du monde et de proximité

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S’il est né au Légué, c’est en globetrotteur qu’Etienne Huck a appris le métier. D’abord au Danemark, dès 1972, puis en Provence, Grèce, Afghanistan, Inde (quatre ans). Il ne revient aux sources qu’en 1982 et trouve les lieux changés : le nouveau viaduc a isolé un peu le quartier, l’industrie décroit… Il y monte son atelier dans une maison qui a servi dès le XVe siècle d’entrepôt pour le port, puis d’habitation, à l’époque où, au lieu de quais, il n’y avait que des souilles où les bateaux venaient s’échouer.
Visiter l’atelier vous plonge dans l’atmosphère.
« Tout est vendu ici et je travaille surtout sur commande. » Des commandes qui vont des plaques de maison ou de rue aux épis de faîtage en passant par des urnes pour un temple bouddhiste de Dordogne (120 !).
« Tout est imaginable. Un père et son fils m’ont commandé un vase pour la fête des mères à partir d’un tableau qu’ils avaient peint. » Se rendre sur place est la meilleure façon de savourer la magie, mais aussi le savoir-faire et l’humour du maître des lieux.

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Blïnskaya
Elle vous accueille avec un charmant accent Russe. Olga Blïnskaya, originaire de Saint-Pétersbourg, vous propose depuis un an et demi des spécialités de son pays dans son tout petit restaurant (14 couverts) de la place Jean-Jaures. Uniquement des poissons. Fumés, salés ou marinés. C’est savoureux et le cadre est particulièrement chaleureux. Il vous faut absolument goûter à son esturgeon fumé et ne pas passer, surtout pas, à côté de ses blinis et confitures maison. Un véritable régal tout comme son Koulibiac, le seul, le vrai. C’est un endroit où l’on peut également sniffer (des épices naturellement). Il est aussi possible de commander des plats à emporter. www.blinskaya.fr

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La Coupe Florio :
Cette année, elle se déroulera du 25 au 27 août.
Comme tous les deux ans, cette compétition de véhicules anciens fera vrombir le tout St-Brieuc (60 000 personnes sont attendues). Notamment le dimanche lors de la montée historique du Légué au tribunal. Spectacle et frissons garantis.C’est en 1927 que cette épreuve internationale quitte l’Italie pour s’implanter dans la cité Briochine sous l’impulsion de Peugeot alors détenteur du trophée et de l’un de ses administrateurs, Lucien Rosengart, qui est alors industriel au Légué. Une foule de 200 000 personnes se massera le long d’un circuit Yffiniac-la Croix Gibat-Gouédic et pourra ainsi apprécier les bolides rugissants et la magnifique victoire de Laly.

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Boulangerie-pâtisserie du Légué :
C’était devenu nécessaire voir indispensable, notamment au cause du plan de circulation : la boulangerie-pâtisserie du Légué, quelque peu à l’étroit rue Arsène Simon, va déménager en septembre prochain. Nicolas Turluche va ainsi transférer son activité tout près de la pharmacie du Légué, quai Gabriel Péri, avec vue sur le port et Le Grand Léjon.

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La Cantine Éphémère
Conviviale, intergénérationnelle et surtout très cool, telle est la Cantine Éphémère de Luc Louail (ci-dessous). Véritable institution Briochine, elle a pris ses quartiers d’été au bout du quai Armez (côté St-Brieuc), tout près du carré Rosengart.
Comme à leur habitude, Luc et son équipe ne travailleront que des produits frais et locaux. Comme d’habitude, les menus changeront tous les jours. Comme d’habitude, l’ambiance sera au rendez-vous, notamment lors des concerts de retour de plage organisés les dimanches soirs . Et cette année, la tendance sera au végétarien. Mais n’oublions tout de même pas l’un des must de la maison : le Fish-burger.

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Le QG
Le Quai Gourmand est l’une des belles adresses de Saint-Brieuc avec une cuisine de tradition où les produits saisonniers et locaux sont à la fête. L’endroit peut accueillir près de deux cents couverts. La décoration est fortement inspirée par le passé industriel du carré Rosengart et la vue donne directement sur le port. Un vrai bonheur. Le projet de Sophie et Paul Barreto (ci-contre) est maintenant d’ouvrir une belle et grande terrasse à thème à l’étage. Ce sera chose faite dès septembre.

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Le Bateau-Crêpes Juno Bravo
Le Bateau-Crêpes Juno Bravo de Patrick Senoville (ci-dessus) se distingue de loin. On le trouve tout au bout du quai Armez, juste à côté de la cantine Éphémère. On peut y déguster de succulentes crêpes et galettes réalisées avec les produits du jour. Le tout est bio. Possibilité de les déguster à bord dans un cadre original et sympa ou, alors, de les emporter avec soi. A découvrir au plus vite.

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Café Resto du Port
C’est le lieu de rendez-vous des travailleurs du port. Il compte aussi ses habitués. Situé côté St-Brieuc, non loin de la cabine de peinture, le Café-Resto propose un menu ouvrier ainsi que des formules pour les banquets. Longtemps tenu (43 ans) par une figure du port, Nicole Dupond, il est depuis peu propriété de Thérèse Cordonnier qui l’a quelque peu modernisé tout en veillant à bien en garder l’esprit du lieu.

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Rosengart : les Start-up ont remplacé les starters

Au Carré Rosengart, où l’on fabriquait jadis des pièces automobiles, fleurissent aujourd’hui les start-up : Fab Lab, More, une agence de communication…
Et depuis novembre, Open Bay, une asso dirigée par Fred Ghenassia, patron des pinceaux Léonard, subventionnée par l’Agglo briochine et la Chambre de Commerce et d’Industrie.
« Nous ne sommes pas une pépinière, plutôt un incubateur, un germinateur d’entreprises », explique Alexandre Solacolu, l’un des leaders d’Open Bay. On participe à la réflexion sur l’entreprise pour en améliorer le lancement. » Aider les porteurs de projets en leur faisant profiter des réseaux des uns et des autres, les orienter et surtout attirer les porteurs d’idées sur Saint-Brieuc ».
Alexandre Solacolu, parallèlement co-président du festival Photoreporter dont le carré Rosengart est un des grands lieux d’exposition, profite lui-même d’Open Bay pour le lancement de son application gratuite Hoali qui aide l’utilisateur à trier ses déchets. www.facebook.com/hoali.org

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Le port en chiffres :
En 2005 : 35 bateaux à flot.
En 2017 : 430 (dont 260 à flot), 11 chantiers navals,
la seule vraie cabine de peinture entre la Belgique et l’Espagne. 100 000 tonnes de fret par an (sables, graviers, engrais et bois).

Fish and Chips
La belle réputation du Bistrot du Marin de Plérin a depuis bien longtemps dépassé les frontières de l’Agglo briochine. Ses Fish and Chips seraient, beaucoup le disent, les meilleurs de l’hexagone, voir… de tous les pays celtes. Et on vient de loin, de très très loin même, pour avoir le privilège de s’asseoir à l’une des tables de l’établissement de la rue de la Tour. Sophie Rault et Jaouad Ouarga (ci-dessus), aux manettes depuis deux ans et demi maintenant, ont bien évidemment veillé à ce que l’esprit donné à ce restaurant par sa créatrice Paulette Hervé perdure. Si bien que l’ambiance y est toujours aussi sympathique et, il faut bien le dire, aussi atypique avec ce mélange de Celtitude et de bistrot parisien.
Fidélité au passé n’est pas forcément synonyme d’immobilisme. Ainsi, Jaouad propose dorénavent, outre les classiques, des Fish and Chips Cajun et Tandoori. Un véritable délice.
On peut aussi y manger des entrecôtes, des salades ou du cabillaud. (Réservation conseillée. tél :02 96 33 28 69)

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A l’Ancre du Marin
Aujourd’hui, l’endroit est plein de couleurs, de lumières, de pinceaux et de toiles. Il y a quelques années encore, A l’Ancre du Marin était un café-restaurant-jeux de boules fréquenté par de nombreux travailleurs du Légué, notamment ceux de Chaffoteaux. La cellule CGT y tenait même ses réunions, discrètement, derrière un rideau.
Installé dans ce lieu de mémoire collective depuis quelques années, le peintre Patrick Queffelec (ci-dessous) a tenu à y conserver l’ambiance résolument années 70. Le bar en S à la couleur orange si typique est toujours à sa place et la façade du bistrot offre ses enseignes d’antan au regard des passants. Homme d’une grande sensibilité, Patrick poursuit inlassablement son œuvre picturale dans ce qui est devenu son atelier. Inspirées par le Pop’Art et la Bande Dessinée, ces peintures débordent de couleurs et transpirent la Bretagne. Le trait est affirmé comme sur ces émouvants portraits de Georges Brassens et de Lino Ventura. « Je peins avec mon cœur et mes mains,» confesse l’artiste. Je ne vis que pour cela. »

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