Salles de cinéma : La vie sur grand écran

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Les bureaux de poste, les services publics disparaissent de nos bourgs mais les salles de cinéma, elles, résistent. Les deux pôles, Lannion et Guingamp, ont su faire les efforts à temps pour enrayer le déclin et doper les fréquentations, de même que Paimpol et Perros-Guirec à un niveau moindre. Mais le plus miraculeux c’est que des bourgs plus modestes aient également réussi ce tour de force : Plestin-les-Grèves , Callac… Partout les spectateurs sont revenus.
Les écrans télé ou les smartphones sont trop étroits pour nos yeux gourmands d’espace. Et puis le rire est plus large, l’émotion plus grande lorsqu’on la partage tous ensemble, non ?

Cinéma à Guingamp
Les Korrigans se parent de lumières

Pour Xavier Herveau et Alex Ben Ouada (Aziz Arraï ayant préféré jouer la carte de la discrétion), une seule chose importe : « donner envie aux gens de venir au cinéma ». Petit détail amusant, le m de cinéma Les Korrigans est en forme de dolmen. Bretagne oblige.
Pour Xavier Herveau et Alex Ben Ouada (Aziz Arraï ayant préféré jouer la carte de la discrétion), une seule chose importe : « donner envie aux gens de venir au cinéma ». Petit détail amusant, le m de cinéma Les Korrigans est en forme de dolmen. Bretagne oblige.

Bien plus de films à l’affiche, de nombreuses sorties nationales, des plages horaires accrues, un hall repensé, un affichage et une communication particulièrement efficaces : depuis quelques mois maintenant, le cinéma Guingampais Les Korrigans fait preuve d’un sacré dynamisme. Un dynamisme qui a littéralement « boosté » le nombre des entrées.

Cette belle métamorphose doit beaucoup à Xavier Herveau, propriétaire de ce cinéma depuis février dernier, bien épaulé en l’occurrence par les incontournables Alex Ben Ouada et Aziz Arraï.
« Nous voulons offrir la qualité d’un multiplexe dans une salle ayant une âme d’antan, y créer un lieu de vie et d’échange, synthétise Xavier. Nous jouons cette carte-là.»
Et le public Guingampais a rapidement adhéré au projet. Preuve qu’il y avait bel et bien une demande. Témoin, la hausse spectaculaire de la fréquentation : « Nous en sommes à plus 9000 spectateurs par rapport à l’an passé à la même époque. Les abonnements (5.50 euros la séance) marchent également très bien. En élargissant nos plages horaires, nous avons pu toucher un plus large public d’ados et aussi de personnes âgées. »
La programmation, avec ses nombreuses sorties nationales, n’est pas non plus tout à fait étrangère à ce succès .
« Le fait que nous proposions plusieurs séances par jour, avec une offre de 15 à 24 films par semaine, a rassuré les distributeurs, souligne le jeune directeur.  Notre bonne entente avec les Baladins de Lannion et de Perros-Guirec, avec qui nous partageons des films, facilite aussi le circuit de distribution. »
Acteur à part entière de l’animation du centre-ville, Xavier a développé une multitude d’animations : la nuit du cinéma (4 films dans la nuit suivis d’une collation), les arbres de noël, les ciné-goûter-anniversaires pour les enfants avec visite de la cabine de projection, les soirées débats et les projections d’opéras, de ballets et de spectacles de la Comédie française. Et il a également eu l’idée originale d’un partenariat Ciné-Resto avec quelques restaurateurs de la ville. Idée qui fonctionne plutôt pas mal.
Cette fin d’année devrait d’être particulièrement animée pour Xavier, Alex et Aziz avec les sorties déjà programmées de Coco, Star 82, Ferdinand, le tout dernier Dany Boon ou encore la rediffusion du Crime de l’Orient-Express. Et peut-être, qui sait ?, la visite d’une belle tête d’affiche à Guingamp.
En tout cas, celui dont la vocation est née en Loire-Atlantique auprès d’un grand-père responsable d’un cinéma associatif a donné un sérieux coup de jeune aux Baladins devenus aujourd’hui Les Korrigans. Qui s’en plaindrait ?

Cinéma Les Korrigans
6, rue Saint-Nicolas
22 200 Guingamp
02 96 43 73 07
2 salles : 289 et 144 places
Séances tous les jours de 13h30 à minuit et le dimanche matin .

La toile d’Art est née :
Au service des cinéphiles

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Une fois par mois, en général le jeudi à 20h30, l’association guingampaise de cinéma La toile d’art est née propose aux Korrigans un film dans la tradition d’Art et Essai. Ici, les thèmes et les genres sont variés : comédies tragédies, animations, documentaires. Une seule exigence : que le film suscite un débat, un échange avec le public.

« Le but premier est de créer un lieu d’échange autour de notre passion qu’est le cinéma, » commence Nicole Lescoat . Ainsi, l’association née en 2006 s’efforce de programmer un film tous les mois en collaboration avec les Korrigans. « Le choix se fait toujours de façon collégiale, poursuit Catherine Coiffec-Pennec. Nous nous inspirons des critiques de différents journaux tel que Télérama ou Studio et nous nous rendons aussi dans des festivals comme celui de Douarnenez. »
Très diversifiée, la programmation a trouvé son public. Celui-ci peut ainsi découvrir une multitude de longs métrages qui n’auraient vraisemblablement pas été à l’affiche sans le travail de ces bénévoles. « Nous avons, par exemple, fait venir des films chinois, québecois, brésilien, coréen ou encore japonais, » précise Annick Roma.
Systématiquement, après chaque projection, un débat est organisé. « Et nous nous efforçons de faire venir des intervenants de qualité. Soit des réalisateurs comme lors de la projection de Tous au Larzac ou encore des universitaires. »
La toile d’art qui associe bien souvent les associations locales à sa démarche peut aussi compter sur l’aide, ô combien précieuse, de Cinéphare (assoc. régionale) et du collectif cinéma 22.
Pour le plus grand bonheur des cinéphiles exigeants.

La Toile d’art est née
Guingamp
latoiledartestnee@yahoo.fr
L’équipe : Nicolas Lescoat, Annick Roma, François Geffroy, Nadine Le Bras, Catherine Coiffec-Pennec, Magali Blanckart-Delmond, Loïc Monnier et Yesmina Le Guen
Séance à 5,50 euros pour les adhérents

Les Baladins :
cinés de stars et de quartier

C’était en 2014 au Baladins de Perros-Guirec. Guillaume de Tonquédec était déjà le parrain des Rencontres. (Archives PLC)
C’était en 2014 au Baladins de Perros-Guirec. Guillaume de Tonquédec était déjà le parrain des Rencontres. (Archives PLC)

Entre Lannion (5 salles) et Perros (2), les Baladins affichent une belle santé. Malgré une devanture péplum, on se considère à Lannion comme « ciné de quartier ». «Selon la moyenne française, on correspond plus à une ville de 35 000 habitants que de 20 000, admet Julien, projectionniste depuis 12 ans à Lannion, mais notre public est proche et cinéphile. » Cinéphile et sensible à tous les genres : les blockbusters font des cartons chez les jeunes, mais les films de Ken Loach, population cultivée oblige, font aussi recette. Ce sont en tout cas des salles où les stars ont pris leurs quartiers lors des nombreuses avant-premières : Cluzet, Dupontel, Tavernier, Azéma, Claire Denis, Jane Birkin… On pourra d’ailleurs le vérifier lors des 15èmes Rencontres, au printemps à Perros-Guirec avec une belle brochette de stars et sous le parrainage du régional d’étape Guillaume de Tonquédec.
www.les-baladins.com

Le Douron, c’est fort en festivals

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Associative et catholique à son ouverture en 1956, la salle de Plestin (ci-contre) a parfois connu un fonctionnement uniquement estival.
Depuis 10 ans, elle tourne à plein l’été et au moins une séance par jour hors saison, surtout grâce aux 40 bénévoles, au salarié et à quelques subventions qui permettent 30.000 entrées annuelles. Pas mal !
Sa vocation d’utilité artistique et publique (accueil de conférences, d’écoles…) se double de l’accueil de plusieurs festivals : du film palestinien en février, allemand en avril, indien en mai (Armor India), de culture bretonne en novembre (Dans Treger) et, bien sûr Armoricourt en septembre. Une ouverture au monde qui met les pleins feux sur Plestin.
www.cinema-ledouron.fr

Café Théodore, le VRAI ciné-club

Où pourrait-on voir ces films sinon à des heures pas possibles à la télé, sinon au hasard du Net ? L’association Tohu-Bohu qui anime le café Théodore à Trédez-Locquémeau fait pour nous une sélection fine des films auxquels on aurait tort d’échapper. Films militants, comme ce film qui retrace la résurrection d’un village calabrais (ci-dessus) par des migrants, ethniques comme le festival des peuples arctiques, écolos, comme le festival Alimenterre… c’est jusqu’à 5 films projetés par semaine ! Des films qui ouvrent sur le Monde, le vrai. www.cafetheodore.fr/programme

Trégor, terre de courts

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Deux festivals et une flopée de réalisateurs, producteurs, scénaristes de courts métrages. Le Trégor n’est pas à court en ce domaine.

Tout l’Armor…icourt à Plestin
Changer la date a tout changé. Le 9ème festival Armoricourt, déplacé de mars à septembre, a aussi déplacé les foules lors de ses deux séances au cinéma Le Douron, ainsi qu’au Café Théodore le lendemain. Les 15 films sélectionnés (sur 400 visionnés) ont été présentés en 2 fois. « Plus de pauses pour mieux ‘digérer’ les films, estime Jean-Jacques Morvan, créateur du festival. Mais aussi pour échanger avec les réalisateurs et acteurs présents. » Ces échanges constituent le vrai plus d’Armoricourt qui, fort de son succès, a besoin de bénévoles, tout comme il souhaite essaimer dans des « cafés dits culturels » : le Café Théodore bien sûr mais aussi ceux de Lannion, Trébeurden, Tréguier…
www.facebook.com/armoricourt

Production focale
JJ Morvan ne fait pas qu’aimer les courts, sa société Le4 en produit également, dont certains réalisés par son fils Vincent : Horizon, Où t’étais ?, ou d’autres : Tout est possible, réalisé localement. Tout comme l’imminent Le Bruit de la mer, de Geraldine Mari, tourné en mars prochain à Plestin, Locquémeau et Lannion. Une belle focale sur des acteurs locaux. www.le4-production.com

Courtoujours vous met au défi
Le festival Courtoujours essaime lui aussi. Cette année, en plus de la séance toujours bondée du Carré Magique de Lannion, on verra d’autres films à Penvenan, Vieux-Marché, Locquémeau… 70 courts en tout, allant du grave au drôle. Ici pas d’invités mais des séances spéciales enfants, ou « strictement adultes », de la musique et de l’impro… En janvier Court Toujours met le Trégor en ébullition : 1600 participants en tout ! Vous pouvez vous-même être au menu de la 12è édition. Comment ? en réalisant avant le 15 décembre un film de 3 min sur le thème « On ne peut pas toujours dire non ». Ça ne se refuse pas.
www.facebook.com/courtoujourslannion

Fred Gélard, scénariste épris de courts
Fred Gélard est Trébeurdinais, a enchainé les rôles au cinéma et à la télé, notamment sous la houlette de Deville et Doillon. Il a aussi réalisé Free Party en 2014, 7 fois récompensé. Depuis octobre, il a créé Trégor Cinéma qui accompagne les scénaristes de courts métrages lors de résidences d’écriture qui permettent en 15 jours l’éclosion et le suivi de scénarios. Une bonne idée ne suffit pas, il faut savoir la nourrir. www.tregorcinema.com

Trégor encore : docs en stock

Pas d’école de cinéma en Trégor, mais une de journalisme. Entre les déserts médicaux, le sable des dunes et l’alcool chez les jeunes, les sujets de documentaires ne manquent pas. Les talents non plus.

Le maire, le druide et le toubib

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En 2016, l’annonce fait son effet : faute de 3ème médecin, le cabinet médical de La Roche Derrien va recruter un druide ! Un canular orchestré par la mairie (et imaginé par l’agence Art-Men, de Lannion) pour attirer l’attention sur la difficulté à assurer les soins en zones rurales.
David Désille, journaliste à Ouest-France, ancien d’Info-com Lannion et Frédéric Lossent, de Nantes, choisissent alors de suivre le quotidien de l’un des deux médecins restants et les efforts de la commune pour en attirer un troisième.
Ce docu passé sur Public Sénat et France3 est filmé « au ras des gens » : visite du docteur à domicile, au cabinet, confidences du maire, réunions publiques, fête du druide, tentatives de séduction d’internes frais émoulus…
Même dans les moments où les patients se confient, on ne sent pas la caméra. C’est aussi évocateur que discret.
De plus, les images du village prises du ciel par drone apportent régulièrement de la respiration à une situation pesante. Fort heureusement, celle-ci connaît un heureux dénouement, comme dans une fiction. Une sorte de « feel-good docu », en somme.
www.youtube.com/watch?v=tc1oSBIOb8M&

Trégor, terre de tournage
Films:
Guingamp, Plouaret, Lannion : La Bataille du Rail (1946) René Clément
Plougrescant, Tréguier : Un long Dimanche de fiançailles (2004) JP Jeunet Locquémeau : Chic (2014) d’E. Elmosnino
Perros et Lochrist : Chemins de traverse (2003) M. Poirier
Plouguiel : Juillet-Août (2015) Diastème
Séries télé : Ploumanac’h et Paimpol : Joséphine Ange gardien (2014), Eclat breton (2017) téléfilm allemand

L’alcool, les jeunes et les dunes

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Lacha Mjavanadze est un jeune cinéaste lannionais. Avec son complice Philippe Lubliner, il place sa caméra où ça fait mal ; quitte à participer lui-même à la démonstration comme dans Jeudi soir, Dimanche matin (52 min), diffusé sur France3 (et visible sur le net) où il s’immerge totalement dans les week-ends hyper alcoolisés de sa génération. Ou bien il suit les errances de Tom Simon (Tom d’ici et d’ailleurs. 52 min), 19 ans, entre Brest et Lannion, entre sa passion pour le blues et sa dépendance à l’alcool depuis ses 15 ans. Le film propose un voyage entre musique et « explosion des limites ».
Lacha cherche actuellement des soutiens pour boucler un docu sur l’extraction de sable en baie de Lannion.
Il tourne aussi clips, fictions et prestations d’entreprises. Une graine à multiples talents qui n’a besoin que d’un peu d’arrosage.
http://lachavideoservice.wixsite.com/lachavideoservic

Cinéma Breiz à Paimpol :
Art, essai et initiatives

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La salle paimpolaise a failli mourir, faute d’être aux normes, faute d’être en forme… Seulement 16.000 entrées en 98… Mais, Louis Geffroy et son fils Yves, l’ancien et l’actuel présidents de l’association gérante, en décident la rénovation avant qu’il ne soit trop tard. Une belle salle de 290 places répondant à la double vocation des lieux : populaire et culturelle.
Car Art et Essai ne sont pas ici des mots prétextes : sur les 2 à 4 films hebdomadaires, au moins un est de type exigeant répondant à un cercle réduit mais régulier de fidèles. Le reste ce sont des films dont on sait qu’ils vont « faire tourner la baraque ». Ainsi, cette semaine Gauguin côtoie Une Famille syrienne à l’affiche.
Avec 32.000 entrées annuelles, c’est le premier ciné associatif du département. Une affaire qui ne peut toutefois tourner que grâce aux 40 bénévoles. Un seul salarié mettrait en péril les finances d’un navire qui avance sans subvention.
Pour remplir sa fonction jusqu’au bout, Ciné Breiz accueille les scolaires, met la salle à disposition des professionnels voulant tester leurs rushes comme Nicolas Guillou, mais aussi des amateurs en projections privées, ou publiques (voir ci-dessous). Bref, une salle où on se sent comme chez soi.

« C’était la Joie » a fait salle comblée
Richard Berrong, un Américain ayant des attaches paimpolaises, a réalisé un documentaire sur la libération de la ville : C’était la Joie. Entre témoignages et archives filmées, il retrace ces journées si particulières d’août 44, la joie, les drames (la mort évitable des 8 patriotes piégés par un monte-paille). « C’était plus facile de se confier à un étranger », admettent les témoins.
Les projections gratuites d’août dernier ont eu tant de succès que le Ciné Breiz a dû refuser du monde, venu parfois de loin. L’auteur a de la matière pour une suite et les témoignages sont les bienvenus : richard@berrong.fr

La Belle Equipe a ressuscité l’Argoat

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En 1994, avec 5000 entrées, une programmation pauvre et décalée, on ne donnait pas cher de l’Argoat, ce petit ciné caché au cœur de Callac.
Du refus de cette mort annoncée est née l’association La Belle Equipe. Les aspirants sauveteurs apprennent le métier sur le tas, naïvement.
En 2007, la salle est rénovée, le nombre d’entrées double et la programmation séduit de plus en plus les occasionnels du 7ème art comme les plus pointus. Cette semaine, par exemple, Blade Runner voisine avec un hommage à Jeanne Moreau.
Ce qu’on aime ici en plus du choix des films, ce sont leurs commentaires qui guident le néophyte ainsi que l’osmose réussie entre spectacle et qualité.
http://cineargoat.free.fr