La Roche-Derrien, Juin 1347 : 22.000 Bretons, Anglais et Français dans la mêlée

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En 1345, le Duc Jean III de Bretagne meurt sans héritier direct. Deux prétendants au duché vont alors s’affronter à la Roche-Derrien : Charles de Blois, soutenu par les Français, Jean de Monfort, supporté par les Anglais.

Pour faire court, Charles de Blois devenu duc de Bretagne par son mariage avec Jeanne de Penthièvre, nièce du défunt, s’oppose à Jean de Monfort, demi-frère du défunt, élevé en Angleterre et arguant d’une légitimité plus directe. Les rois de France et d’Angleterre, en pleine guerre de cent ans, profitent de la querelle bretonne pour intensifier leur lutte.
En 1345, une armée anglaise commandée par le duc de Northampton, débarque et prend Carhaix, échoue devant Guingamp mais se rattrape avec la prise d’une place fortifiée avec accès à la mer : La Roche-Derrien, idéale pour y établir une tête de pont.
En juin 1347, Charles veut reprendre la cité, et place le gros de ses 13.600 hommes (chiffre énorme à l’époque *) au Chef du Pont et à Kastel Du, « avec l’ordre de n’en partir ni à cor, ni à cri », croyant que les 9000 Anglais venus de Carhaix en renfort, passeront par là. Première erreur.
Derrière les murs, un boulet atteint la maison du chef anglais. Sa femme, effrayée et en couches, convainc celui-ci de capituler, mais l’assaillant refuse toute négociation. Fatale seconde erreur.
Car les renforts anglais traversent le Jaudy plus au sud et attaquent au lieu-dit Justisso. Il fait nuit noire, on s’entretue dans l’obscurité. Seuls les chefs combattent aux flambeaux. Bientôt Blois se retrouve pris entre les troupes venues du sud et les 500 Anglais assiégés osant une sortie. Les appels au secours de Blois ne seront pas entendus du gros des troupes restées de l’autre côté du Jaudy et à qui on a interdit de bouger.
Esseulé, Blois recule jusqu’au moulin de Bellevue mais, ralenti par 18 blessures et perdant du sang, il rend les armes. Pas aux Anglais qu’il méprise, mais à un Breton du camp Monfort. Il restera prisonnier cinq ans en Angleterre.
Des centaines de morts, glorieuses peut-être mais inutiles, car en août de la même année, le camp de Blois reprendra la cité et, en dépit d’un accord de reddition, le peuple massacrera les 300 Anglais restants.
(Sources : La Roche Derrien et son histoire. 1952, de Marie Charant)

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