1914/1918, le journal d’un prisonnier allemand : Un camp de rétention sur le Gouët

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La comparaison avec la barbarie nazie serait abusive, mais Plérin a abrité de 1914 à 1916 un camp de rétention (appelé à l’époque camp de concentration) où ont été internés jusqu’à 1000 Allemands, Autrichiens, Croates. Le témoignage de l’un d’eux vient d’être publié.

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Hugo Ringer était Allemand mais travaillait à la ville d’Amiens. Août 14, la guerre éclate. Pour ses voisins, il devient l’ennemi. Sa maison est pillée, il doit fuir. A Paris, il est fait prisonnier par l’armée, comme 60.000 de ses compatriotes. Officiellement pour les protéger des exactions, en réalité pour les empêcher de rejoindre l’armée ennemie.
Durant deux ans, il va rester au camp du Jouguet à Plérin, une ancienne usine (Blanc Aéro, à présent) et y décrit les conditions de vie déplorables : poux, punaises, absence de sanitaires… Ils n’ont que le Gouët pour salle de bain, la paille de leurs couches n’est changée qu’une fois l’an.
L’auteur y décrit l’inaction de ces journées, se morfond du climat en hiver, la monotonie des repas (riz et patates), les trafics pour avoir du tabac, de l’alcool, les jeux d’argent pour tromper l’ennui. Les rares fêtes.
Il raconte aussi les incursions à Saint-Brieuc se terminant par des beuveries, les représailles et l’intransigeance militaire se relâchant peu à peu. L’étude comparative des caractères gaulois et germanique est à ce titre instructive.
Les grandes questions sur la nature de l’homme alternent avec les détails sordides du quotidien : la chasse aux punaises, les délations… Un récit rarement à la première personne, mais parlant au nom du groupe, ce qui en fait la force.
La lecture de ce témoignage à peine séculaire de gens enfermés pour leur seule nationalité, peut faire penser à des camps de rétention plus actuels. Et ce livre sonner comme un avertissement : « Comment est-il possible que la guerre (ou la situation économique) puisse transformer des gens si raisonnables en bêtes féroces? ». A méditer.

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Un livre sauvé du néant
C’est en 1995 que Ronan Richard, alors étudiant en histoire, découvre le journal d’Hugo Ringer, confisqué en 1916 et dormant depuis aux Archives départementales de Saint-Brieuc. Écrit en caractères gothiques, il le fait traduire par un confrère allemand et y découvre une pépite. Léna Jestin, des éditions briochines Les Archives Dormantes, y voit « une façon différente de parler de la 1ère guerre mondiale ».
Boulevard des Etrangers, Les Archives Dormantes, en association avec l’association Bretagne 14-18 et les Bistrots de l’Histoire, 14,90 euros.

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