L’énigme du mur vitrifié de Péran

0
286
Certaines pierres fondues ont été réutilisées pour remonter l'enceinte. Le mur était à l'origine deux fois plus haut et protégeait tout l'oppidum.

On a donné au camp tous les noms d’oiseaux : oppidum gaulois, fort romain, viking, repaire templier… Sans doute a-t-il été cela tour à tour. Mais un autre mystère demeure : celui de ses pierres vitrifiées. Une énigme insoluble qui fait penser aux « châteaux de verre » d’Ecosse.

5

L’endroit a tout d’une forteresse : promontoire naturel d’un hectare, cerné d’une double enceinte dont l’une, jadis haute de 6 m, a été en partie reconstituée. Proche d’une voie romaine, on l’a longtemps baptisé  » camp romain ». Or, les fouilles réalisées dans les années 80 font remonter l’occupation du site au néolithique et le mur est de type « murus gallicus », propre aux Celtes. Que les Romains puis les Vikings l’aient réutilisé n’a rien d’étonnant. On y a d’ailleurs retrouvé un chaudron et des monnaie scandinaves. La mémoire locale soutient aussi qu’Alain Barbetorte y aurait vaincu les « Normands » en 936.
La légende prétend aussi qu’un violent incendie a mis fin à son occupation. Elle exagère même en parlant d’un feu qui aurait duré sept ans. Certaines datations au carbone 14 tendraient à confirmer cette date du Xe siècle. Or, il est impossible de se fier au carbone 14 sur des objets carbonisés à ce point. Le second hic, c’est qu’une partie des pierres a fondu jusqu’à l’intérieur du mur en prenant la consistance d’un verre noirâtre. Seul un incendie très long pourrait en être la cause. « Et encore, avec une chaleur durable de plus de 1000°! affirment Hervé Le Goc (animateur médiathèque plédranais) et les lois de la chimie. Déjà dans un four c’est difficile, alors en plein air ! »
D’autres avancent une vitrification intentionnelle remontant à l’origine même du fort : un mur aux pierres ainsi soudées serait plus résistant. Ils s’appuient sur la découverte d’Allemagne au Portugal et surtout en Ecosse, de tels « châteaux de verre », tous datés du VIIe au IIe siècles avant JC (époque de l’expansion celtique). La multitude des cas exclut l’hypothèse accidentelle.
Le lieu garde donc tout son mystère. On dit même que les Templiers établis à deux pas (au Créac’h) y auraient enfoui un trésor. Ne creusez pas ! C’est une hypothèse fragile comme le verre.

Reconstitution viking au camp lors des journées du Patrimoine.
Reconstitution viking au camp lors des journées du Patrimoine.

NB: La médiathèque de Plédran propose deux expos jusqu’au 8 décembre : l’une sur le camp de Péran, l’autre sur les Vikings, toutes deux très documentées. 02 96 64 35 35 www.pledran.fr/La-Mediatheque,339.html