Notre mer nourricière

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Que d’eau… que d’opportunités !

Sans parodier Mac Mahon devant la crue de la Garonne en 1875 (que d’eau, que d’eau !), on reste souvent scotché devant le spectacle de la mer. Est-ce le diffus souvenir de nos origines, cette mer où la vie serait apparue ? Est-ce le cordon ombilical invisible et élastique qui toujours nous y relierait ? La troublante homophonie française entre mer et mère est peut-être pour quelque chose dans cette secrète attraction.
Alors respectons notre matrice originelle en évitant d’en dévaster les fonds pour des richesses éphémères que nos enfants nous reprocheront. Gérons-en les espèces avec sagesse comme le font Yves Minier, Samuel Constantin, Samy Dumont et bien d’autres à Saint-Quay-Portrieux et Erquy.
Et si, en retour, la mer nous faisait profiter de la formidable énergie de ses vagues et courants ? Toujours dans le respect et la gratitude qu’on doit à une mère nourricière.

 

La coquille Saint-Jacques, princesse de la baie

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On ne s’en rend peut-être pas toujours compte mais il en faut du travail avant qu’une noix de coquille Saint-Jacques, princesse de la baie au goût si délicat de noisette, n’arrive dans nos assiettes de gourmets. La pêche, le tri, la pesée, la vente, tout cela ne se fait pas tout seul. Exemple avec Yves Minier, marin pêcheur de St-Quay-Portrieux, qui préférera toujours qualité à quantité.

Tous les jours, Yves Minier surveille avec attention les cotations des différentes criées. Cela fait aussi partie de son métier.
Tous les jours, Yves Minier surveille avec attention les cotations des différentes criées. Cela fait aussi partie de son métier.

C’est sûr, Yves Minier pêche malin. Et le plus souvent seul. Si la coquille Saint-Jacques n’est pas sa principale activité – il passe beaucoup de son temps au bulot l’hiver – elle est néanmoins pour lui « un bon appoint et même un très bon au mois de novembre et de décembre ».
Sur son bateau de moins de 10 mètres, il sort régulièrement « draguer ». Lors des 45 minutes de pêche autorisées sur le gisement de la baie de Saint-Brieuc, deux fois par semaine en saison (4 heures pour le gisement secondaire en début de saison), sa drague plonge puis remonte 5 à 6 fois. Il n’arrête pas une minute. Pilotage, gestion de la drague, va et vient incessant de l’un à l’autre. Ce n’est pas le moment d’avoir les deux pieds dans le même sabot.
« Je sors en moyenne 750 kg. Plus en novembre/décembre, moins en fin de saison, » explique Yves entre deux manœuvres. Il connaît parfaitement les bons coins et ne vise pas les grandes quantités. Son bateau, Le Blizzard, ne le lui permettrait pas.
« Mes clients sont surtout des professionnels ou des particuliers, un peu la criée. Mon prix ne varie pas de l’année. Avec moi, c’est 3,50 euros le kilo. Je dois donc fournir de la qualité ».
Alors que les cours se situent plutôt à 2 euros voire, les bons jours (avant les fêtes de fin d’année notamment) à 3 euros.
Une fois les coquilles à bord, il faut les trier avec une pige, sorte de pied à coulisse. Et cela prend pas mal de temps. Pour 200 kg, il faut compter une bonne heure. Ensuite, il est grand temps de rentrer au port et faire peser sa pêche.
On le voit cette pêche demande un sacré boulot. Et bien souvent, après ce travail, la journée n’est pas terminée. Loin de là.
A titre d’exemple, le jour où nous avons rencontré Yves, il était sorti de bonne heure le matin afin de voir s’il y avait du poisson (avec un succès mitigé), avant de se préparer pour la pêche à la coquille prévu à 11h. Le retour au port s’est effectué aux alentours de 14h 30 avant un passage à la criée. Le temps de rentrer chez lui à Etables-sur-Mer avaler un morceau et le voilà reparti, avec un coéquipier cette fois, aux bulots jusque 2 à 3 heures du matin. Les marins pêcheurs ne comptent pas vraiment leurs heures. « C’est la seule façon d’y arriver ».
Et dans un soucis de la valorisation des produits de la mer, Yves propose également des sorties et des ateliers au cours desquels il est question de décorticage de coquille St-Jacques et de dégustation. Tout un programme.
La promotion de ce produit phare de la baie est aussi l’affaire du Comité Départemental des Pêches Maritimes et des Élevages Marins basé depuis peu à Pordic.
« Pour cela, nous avons bien sûr notre Fête de la coquille Saint-Jacques qui se déroulera cette année à Paimpol les 27 et 28 avril. Il s’agit d’un bel événement, » note Anne-Marie Auffret qui souligne par ailleurs les importants efforts réalisés ces dernières décennies pour sauvegarder le précieux gisement. « Un exemple en Europe ».
Pourtant, beaucoup de marins pêcheurs aimeraient passer au quotas de poids plutôt que d’avoir des plages horaires strictes qui engendrent, dit-on, beaucoup de stress. Mais cela ne semble pas à l’ordre du jour.

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Environ 70% des coquilles pêchées à st-Quay sont absorbées par Celtarmor, usine du Groupe Le Graët.