Fabrice Ringot, technicien forestier privé : « L’homme n’est pas partout indispensable »

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Quand champs et prairies virent à la friche, qu’en faire ? Trois écoles de pensée : les « rationnels » qui veulent les rendre à la culture ; les « naturalistes » qui veulent conserver une nature supposée « intacte » ou les adeptes du « laisser faire ». Fabrice Ringot1 est de ceux-là.

Le chêne de Tronjoly, situé sur la propriété de Fabrice Ringot, a un âge estimé entre 800 et 1200 ans.

Des années 50 à l’an 2000, la déprise agricole a rendu pas mal de cultures et prairies à l’état sauvage. Ça en a fait hurler beaucoup : urbanistes, paysans, écologistes. Les premiers pour le manque à gagner, les derniers parce que ça ne correspond pas à leur vision idyllique de la nature : tourbières, landes fleuries et pastoralisme de carte postale… Fabrice Ringot1, lui, plaide pour les zones sauvages. « C’est bien beau de vouloir de jolis paysages liés à l’imaginaire breton, mais s’il faut y passer le broyeur tous les cinq ans, brûler du diesel et martyriser les sols… »
La friche de Bulat-Pestivien où il nous conduit est une ancienne prairie. Son propriétaire a choisi de la laisser « devenir ce qu’elle voudra », ouverte aux animaux, à toutes les graines transportées par le vent, les oiseaux. Pins, bouleaux, saules, chênes, prolifèrent déjà.
« C’est vrai que ça crée un milieu étouffé dans un premier temps, admet Jean-Claude Génot2, mais peu à peu, les arbres tombés vont ouvrir des brèches, attiser concurrences et osmoses, attirer une biodiversité que peinent à recruter les milieux travaillés par l’homme. »
D’ailleurs, dans ce futur « bois spontané », les troncs attestent du passage de cervidés. Une biche, pétrifiée, s’est réfugiée dans une plantation voisine.
Lui-même technicien forestier, Fabrice admet le besoin de rentabilité des sylviculteurs et agriculteurs, mais il prône la formidable régénération des sols qu’apportent les forêts spontanées.
« Laissez une tourbière ou une lande en état, elle retournera à son penchant naturel et se couvrira d’arbres. »
Et rien n’est meilleur selon lui qu’une terre que les racines et l’humus des arbres ont travaillée des années. Bois, prairies, cultures mais aussi friches doivent s’équilibrer, alterner, pour la richesse des sols, la variété des paysages et celle des espèces.

(1) Technicien forestier privé, propriétaire entre autres du chêne multiséculaire de Tronjoly à Bulat-Pestivien.
(2) Ingénieur écologue, défenseur des friches.