Stevan Roudaut, lettreur en bande dessinée : « Je remplis des bulles »

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Stevan Roudaut a longtemps partagé sa passion pour la BD avec ses amis Emmanuel Lepage et Erwan Le Saëc (auteurs de BD bien connus, aujourd'hui parrains de ses enfants) lorsqu'ils étaient tous trois à Renan et Le Braz à Saint-Brieuc. Après avoir sorti quelques albums, Stevan s'est tourné vers le graphisme et la communication, notamment à l'agence Totem de Trégomeur. Il s'est ensuite lancé dans ce métier globalement mal connu de lettreur. Souvent considéré comme le parent pauvre de la bande dessinée, la cinquième roue du carrosse, il est néanmoins nécessaire, voire indispensable, à une bonne compréhension d'un récit.

Soyons honnête, lettreur en bande dessinée est un métier dont nous n’avions pas une grande connaissance. C’est pourtant un maillon important dans la conception d’une BD, celui qui permet de donner une lecture optimale. Rencontre avec Stevan Roudaut dont la profession consiste à remplir des bulles.

Évacuons d’emblée les questions, parfois triviales, relatives à l’argent. « Je gagne très bien ma vie avec ce métier, s’amuse Stevan, la cinquantaine, confortablement installé dans sa lumineuse longère de Saint-Fiacre. Je travaille avec beaucoup de maisons d’édition françaises et étrangères et, parfois, en direct avec les auteurs. »
Mettre des mots dans les bulles des planches que lui confient dessinateurs et scénaristes rythme donc son quotidien. Enfantin, nous direz-vous. Et bien, justement, non. Car tout l’art de cette pratique est de structurer l’œuvre et de rendre sa lecture limpide. Il s’agit en quelque sorte d’un travail de post-production. « Le lettrage est un peu la bande-son de la BD. Ça fait parler les personnages, chanter les oiseaux… », osent certains. Et Stevan a su imposer son style, sa vision d’ensemble dans cet univers réputé fermé.
« J’invente et crée mes propres typos. Bien que numériques, il faut qu’elles aient l’aspect d’une écriture manuscrite. J’ai bien galéré pour trouver la bonne méthode. »
Sa technique, top secret, est grosso modo d’alterner les caractères, ce qui gomme une certaine uniformisation du lettrage.
« À titre d’exemple, s’il y a des lettres identiques dans une même phrase ou un même mot, je les décline de plusieurs manières différentes. Cela peut aller jusqu’à quatre. Ça donne du lien à l’écriture et au dessin. Je dois être le seul à procéder de cette façon. »
Ainsi, il y a quelques années, a-t-il littéralement « bluffé » son pote d’adolescence Emmanuel Lepage, talentueux auteur, dessinateur et coloriste briochin de BD, en lui proposant une version numérique de textes avec une typographie très proche de son écriture. « Il n’a pas vu de différence. »
Ce véritable savoir-faire qui apporte une indéniable plus-value a fini par être reconnu dans le milieu, notamment grâce à un efficace bouche à oreille. Stevan a alors été approché par ceux qui comptent le plus dans ce secteur à l’instar des Éditions Dupuis, Delcourt, Robert Laffont, Fluide Glacial…d’autant plus que les auteurs, s’ils sont souvent de magnifiques dessinateurs, n’ont pas toujours de goût pour l’écriture et le placement de texte.

Saint-Fiacre s’expose du 15 au 18 août à
la chapelle Crec’h Metern :

Avec Fabrice Lentz (sculpture sur pierre), Marcelle Le Lay (broderie), Thierry Barbier (luthier et graveur), Marylène Le Bon (photos), Nicole Burlot (peintures et photos), Joanna Farmer (peintures), Michel Arouche (peintures), Lionel Cloarec (petites sculptures et objets) ; ces deux derniers sont décédés, les œuvres sont prêtées par leur famille ; et Stevan Roudaut.

Stevan Roudaut
Lettreur
Bois Léhart à Saint-Fiacre