La Croix Saint Lambert : Plus qu’un quartier, un village

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La fripe en mode "open bar", pour les petits budgets ou pour celles qui veulent inventer leur propre mode.

Au début des années 70, sur cette bonne terre rurale, les tours ont poussé comme des champignons, entraînant une dégradation progressive de l’image du lieu. Depuis 6 ans, les tours ont disparu, le quartier se réinvente, dans une mixité plus ethnique que sociale.

Le quartier portait sa croix depuis 40 ans : réputation de malfaçons, uniformité, insécurité… Alors, on a rasé les tours, habillé de bois les immeubles restants, planté, installé des composteurs, des ruches, jeux pour enfants, théâtre de verdure… La bibliothèque Albert Camus est flamboyante, les logements sécurisés, le centre commercial actif et le marché des plus vivants. Tout serait-il donc devenu parfait à la Croix Saint Lambert ?
La réalité est plus complexe. « On a planché des années sur un espace multifonctions avec salles de spectacles, polyvalente, d’arts visuels, etc. regrette Alain, du comité de quartier. Le financement n’a pas suivi. On n’aura qu’un pôle de vie, moins complet. » Un pôle situé au cœur du quartier et qui saura tout de même réunir la part la plus active de la population.
« Les tours sont parties mais beaucoup de gens aussi, déplore Annie. Et puis les digicodes font qu’on va moins les uns chez les autres. »
Eric, du Carrefour City, se félicite lui d’une population cosmopolite : « Une vraie richesse pour le quartier. Ça apporte de la diversité, une âme ! » Une vie qui éclate lors du grand marché du dimanche (Voir pages 8 et 9), jour qui voit le café Le Verdelet déborder de clients. Christine, la serveuse, juge que son bar reste « le point de rencontre idéal. »
Robert l’a mauvaise. S’il adore son quartier, il estime que le terrain central, derrière le bar « aurait pu accueillir autre chose que Pôle Emploi ». On sent que l’abandon de la salle multifonctions ne passe pas.
Christian Provost, figure politique, apprécie le multiculturalisme local, « pas seulement ethnique, mais aussi politique… On y croise des gens de toutes origines, de toutes opinions ». Lui, l’ancien instit, regrette juste que les classes plus aisées ne soient pas restées pour un peu plus de mixité… sociale. « Il y a 40 ans, on avait ici un cadre pour un ouvrier. Ce n’est plus le cas. »
Stéphane L’Her, président du Cercle, reconnaît la paupérisation mais croit en l’amélioration par le « vivre ensemble ». Pour lui le quartier redevient peu à peu « un village agréable à vivre ».

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Marché de la Croix Saint Lambert : chaleureux et populaire

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A l’heure où les marchés traditionnels déclinent, celui de la Croix Saint Lambert connaît un étonnant essor. L’explication ? On vient ici pour acheter mais avant tout pour une ambiance à nulle autre pareille.

Le Flâneur met au défi quiconque de ne pas trouver ici ce qu’il cherche. Tout, on déniche de tout sous le ciel immense des parapluies multicolores : vêtement dernier cri ou blouse de mamie couleur butagaz, objets rares de brocante ou ustensile de cuisine à un euro, légumes conventionnels, bio ou exotiques, viande fermière ou hallal, épices venant du monde entier…
Quand on a un petit budget comme Sissi, on sait qu’ici on peut acheter le nécessaire. « Il y a des gens en galère. Ici, plein de choses sont moins chères qu’en grande surface. » En plus, selon Gaëtan, on peut négocier le prix. « Essayez donc ailleurs ! Ça marche pas à tous les coups, mais souvent. Surtout dans le frais, en fin de marché. »
A l’étal du fripier c’est « open bar ». On fouine, on essaie. Patrick le patron laisse faire. Il vient de loin (Saint-Malo) et ce qu’il aime ici c’est  » la clientèle populaire ». Populaire, mais pas que : Katie, un peu bobo un peu baba, y trouve chaque semaine une tenue nouvelle.  » Je peux m’exprimer, varier les genres, créer mon style. » Elle arbore fièrement une robe étiquetée 240 euros, payée seulement 5… « En plus je retrouve la poésie des marchés ouvriers de ma jeunesse à Saint-Nazaire. »
Ici, on se parle davantage: « Lors des élections c’est marquant, note Christian. On s’apostrophe, on se charrie… En règle générale, les gens n’ont pas peur les uns des autres. » Et c’est tant mieux que les gens différents se côtoient, car toute une partie des étals est à forte tendance ethnique : produits africains, méditerranéens, antillais, asiatiques… Fruits, plats, épices qu’on voit peu ailleurs et qui ponctuent le paysage automnal de leurs couleurs vives : mangues, jacques, acras, samossas… Le marchand marocain se félicite de compter, en plus de ses compatriotes, une forte proportion de clients bretons. « Une fois qu’ils ont goûté, ils reviennent ». L’art de l’échange et du mélange, autre spécialité du quartier.
Pourtant, nombreux sont ceux qui viennent au marché juste pour flâner, se griser de couleurs et de langues venues de partout, prendre un muscadet en terrasse ou un thé au camion indien, être bien ici une ou deux heures, tout en se rêvant ailleurs.

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Tout à un euro... Ici, c'est moins cher qu'en grande surface et on peut parfois négocier: ça se passe le dimanche matin
Tout à un euro… Ici, c’est moins cher qu’en grande surface et on peut parfois négocier: ça se passe le dimanche matin

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Les fruits les plus communs côtoient les plus exotiques.
Les fruits les plus communs côtoient les plus exotiques.

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Base nature de la Ville Oger : Le cordon ombilical avec la terre

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Au début des années 70, préserver 10 ha de nature du grignotage urbain fut une victoire dont se félicitent chaque jour un peu plus les riverains, les enfants, la faune et la flore.

Poumons verts. Entre la rue des Gallois et la ligne SNCF, 5 ha de terres agricoles et 5 autres d’espace naturel constituent les deux vrais poumons verts du quartier. Entre la Ville Oger et la Ville Junguenay, une promenade vous amène à croiser 80 espèces d’arbres, des plus connus au sycomore ou au mélèze du Japon.
Les sens en éveil. Sous la houlette d’un animateur, un jardin de 1200 m2 sollicite vos cinq sens et vous font entrer « dans l’intimité du jardin, dans une relation physique et charnelle avec les plantes ».
Apprendre à grandir. A la ferme, le mercredi, en semaine ou durant les vacances, l’enfant se prend en charge, sème, récolte, s’occupe des animaux, devient responsable et développe sa personnalité. De plus, il renoue avec les choses essentielles : le vivant. Des occasions de se développer que les mondes urbain ou virtuel ne peuvent offrir.
Rencontrer l’autre. En ville, chacun est dans son monde, son école, son travail. On se croise peu. A la base nature, jeunes, adultes, handicapés… cohabitent. Un même enfant peut venir avec sa classe, seul après l’école, en centre de loisirs le mercredi ou le week-end avec sa famille. Autant d’occasions de rencontrer des gens différents.
La ferme, mais pas que… Biner, bêcher, semer, récolter, soigner oies, lapins, ânes, chèvres, veaux, vaches, cochons… d’accord. Mais la ferme permet aussi de comprendre les saisons, la météo dans la mini-station, la chaleur, l’hygrométrie et la luminosité dans la serre. Elle permet aussi de cuisiner sa récolte ou de la vendre au marché de la Ville Oger, mercredi et samedi. Une foultitude d’activités qui permettent de relier l’enfant aux éléments réels, aux autres et à soi-même.

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Le Cercle : une affaire qui tourne (un peu plus) rond

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Depuis 1981, l’association d’éducation populaire est le véritable moteur social, sportif et culturel du quartier : 600 adhérents, 50 bénévoles, dix salariés. L’avenir du Cercle semblait pourtant voilé ces derniers temps : vétusté des équipements, abandon de la salle multifonctions… Mais l’éclaircie est en cours.

« A l’origine, explique Stéphane Guérin, coordinateur sportif, c’était un club de foot à dimension sociale. » A voir l’engouement des jeunes s’entraînant, on sent qu’ici le ballon est une question cruciale mais permet aussi d’apprendre à vivre ensemble.
En 2004, au rayon foot s’adjoint le rayon Culture. En 1993 déjà la création d’un local jeune avait élargi l’horizon. On y tournait clips, courts métrages… Puis ce fut Cité Rap, plus gros festival du genre en Bretagne. « Le quartier ouest briochin et sa MJC (devenue la Citrouille) avaient une orientation Musique. A l’est, la MJC du Plateau penchait pour la Danse. Le cinéma est devenu notre spécialité ici, au sud. »
A chaque vacance, Marianne Pichavant propose des stages cinéma enfants, adultes mais le Cercle peut aussi travailler avec les collèges, les entreprises. La sensibilisation passe aussi par la projection de films plein air au théâtre de verdure. Le quartier se mobilise par ailleurs pour le festival Panoramic, qui valorise chaque année le cinéma et la culture d’un pays. Cette année c’est l’Argentine. Sans compter les créations de films. En tout, 150 enfants et adultes sont devenus cette année des férus de ciné.

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Le Graal, un lieu open, travail/loisirs

Le Graal est l’accueil jeunesse du Cercle. Lieu de liberté et de touS les possibles
Le Graal est l’accueil jeunesse du Cercle. Lieu de liberté et de touS les possibles

Le Cercle c’est aussi un accueil pour les 11-17 ans : le Graal. « Un lieu ouvert, précise Céline Bernard, responsable jeunesse. Les ados viennent en liberté, font leurs devoirs, un billard, trouvent une info… » Ils lancent aussi des projets : groupes musicaux, séjours au ski, mini-camps pour lesquels ils imaginent eux-même les financements. Par ailleurs, des sessions de 3 mois offrent des opportunités aux 18-25 ans de créer leur mini-entreprise. Sport, loisirs, culture, travail… le Cercle donne tous les atouts pour se lancer sur de bons rails.
Le Cercle. http://associationlecercle.fr