L’Armoricaine revient de loin !

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La vache armoricaine revient de loin, de très loin même. En voie d’extinction, cette race ne comptait plus que 19 femelles en 1989. Délaissée, elle ne doit sa survie qu’à une poignée de passionnés. Massayo Hirano et Jackie Malardé, éleveurs à Trémargat, sont de ceux-là. Aujourd’hui, heureusement, la situation s’est très nettement améliorée avec près de 200 femelles recensées chez près d’une cinquantaine d’éleveurs.

Masayo Hirano et Jackie Malardé à Trémargat
Marquise, Armoricaine et rebelle

Masayo et Jackie vendent leur viande de bovins en circuits courts : « Ça marche bien, se réjouissent-ils. Et ça fait 21 ans que cela dure. Là encore, c'est miraculeux. »
Masayo et Jackie vendent leur viande de bovins en circuits courts : « Ça marche bien, se réjouissent-ils. Et ça fait 21 ans que cela dure. Là encore, c’est miraculeux. »

Au tout départ, il y a l’achat en 1996 de Marquise, une jeune génisse Armoricaine de dix jours particulièrement turbulente.
« Nous avions entendu parler au fil de nos conversations de vaches typiques, des Croisées comme on les appelait par ici, qui avaient pour ainsi dire disparu du paysage,» indiquent Masayo Hirano et Jackie Malardé, aujourd’hui éleveurs d’Armoricaines bio à Trémargat.
Ils s’y intéressent alors et apprennent grâce à l’Institut de l’Élevage qu’un certain Paul le Gouéffic serait vendeur de ce type (rare) de génisses.
« Nous nous sommes bien entendu avec le personnage et lui avons acheté Marquise. Une vraie sauvage. »
Particulièrement rebelle, la belle Armoricaine donne bien du fil à retordre à ses nouveaux propriétaires qui se prennent toutefois de passion pour cette race sur le déclin. Et ils décident « d’essayer quelque chose afin de perpétuer celle-ci ».
C’est finalement grâce à l’abnégation de Laurent Avaon, particulièrement chargé des races anciennes à l’Institut de l’Élevage de Paris, qu’ils parviennent à se procurer la précieuse semence d’un taureau de Durham pour l’insémination de Marquise. « Un vrai miracle, selon Masayo. Sans quoi, il n’y aurait plus eu d’Armoricaine. Marquise est vraiment au départ de tout. Et moi, je voulais plein de Marquise. »
Voilà comment le couple a, avec quelques autres, grandement participé au sauvetage de cette race vouée à une disparition certaine.
Pourtant, rien ne prédisposait Masayo et Jackie à un tel parcours : « Ça n’était pas théorisé. »
C’est le hasard et le « ras-le-bol de la vie urbaine» qui les amènent dans les années 90 à quitter Nantes pour ce petit coin de campagne du centre Bretagne déniché après trois années de recherche. « Un véritable coup de foudre » pour la traductrice français/japonnais et l’ancien monteur de films d’entreprise.
« On ne distinguait plus les champs. La ferme n’était plus que 12,5 hectares de friche. Par contre, les terres étaient bien organisées. C’est ce qui nous a plu. Même si on n’avait, à l’époque, aucun projet agricole. »
Ils y installent alors leur caravane dans laquelle ils vivront près de huit ans. Au début, Masayo poursuit son activité de traductrice à Château-du-Loir en Sarthe. Elle travaille toujours dans ce domaine, notamment auprès du Tribunal de Grande Instance de Rennes.
Jackie, quant à lui, redonne vie aux petites parcelles avec l’aide précieuse de son âne.
Puis, un peu par la force des choses, il se lance dans l’élevage. Fort modestement tout d’abord. « Je prenais goût à cela, » sourit-il.
Puis de fructueuses rencontres transformées en réelles amitiés, avec notamment Françoise et René Chevalier de Maël-Pestivien, le confortent dans cette idée et le mettent sur la voie des circuits courts.
C’est à ce moment-là que Marquise surgit dans leur vie et qu’ils deviennent petit à petit éleveurs d’Armoricaines.

L’Armoricaine en bref :
La couleur de sa robe tire vers le rouge ou le pie rouge (brun voire roux) et son poids oscille entre 550 kg et 1000kg (pour les mâles) et sa taille au garrot est de 1,35 à 1,48 mètre pour les mâles et de 1,28 à 1,35 pour les femelles.
Le prix d’une vache se situe aux alentours de 1300 euros, soit le prix d’une bonne Normande.

Sobre, rustique et maternelle

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Fruit d’un croisement entre la pie rouge de Carhaix et froment du Léon avec des taureaux de Durham (Angleterre) à partir de 1842, l’Armoricaine n’avait plus vraiment la cote dans les années 60/70. Trop petite et ayant tendance à faire rapidement du gras : les bouchers n’en voulaient tout simplement plus. De surcroît, classée laitière, elle ne donnait pas le droit à la prime à la vache allaitante. Alors, dans une agriculture moderne d’après-guerre, elle a été très vite délaissée au profit des races hollandaises ou allemandes. Pourtant, sobre et robuste, l’Armoricaine, à forte identité régionale bien que métissée, est particulièrement facile à élever et très bien adaptée au climat et aux terres du Centre-Bretagne. Essentiellement nourrie à l’herbe et au foin, elle donne suffisamment de lait pour élever son veau. Et, aujourd’hui, la viande tendre et persillée de bœuf armoricain est particulièrement appréciée .

Ferme de Botlan
Botlan Trémargat
02 96 24 56 05
www.botlan.fr